Deux situations à ne pas confondre. Si vous quittez la France, vous devez prévenir votre banque de votre nouveau statut : le LDDS, le livret jeune et le LEP ne se conservent pas hors de France, alors que les autres produits restent accessibles. Si vous vivez en France mais détenez un compte hors de France, vous devez le déclarer avec votre déclaration de revenus : l’amende est de 1 500 € par compte non déclaré, et de 10 000 € si l’État n’a pas de convention avec la France. Règles vérifiées le 9 octobre 2026 sur impots.gouv.fr et service-public.gouv.fr.
Qu’est-ce qu’un non-résident pour sa banque ?
Pour une banque comme pour l’administration fiscale, la question n’est pas la nationalité mais la résidence fiscale. En droit français (article 4 B du Code général des impôts, commenté dans le Bofip), une personne est domiciliée fiscalement en France si elle remplit au moins un de trois critères : elle y a son foyer ou son lieu de séjour principal, elle y exerce son activité professionnelle à titre principal, ou elle y a le centre de ses intérêts économiques. Un seul critère suffit. Les conventions fiscales internationales peuvent ensuite trancher en cas de conflit avec un autre pays.
Un expatrié qui garde sa famille et sa maison en France peut donc rester résident fiscal français, tandis qu’un Français qui s’installe durablement à l’étranger avec son foyer et son travail devient non-résident. C’est un point où je n’ai pas de réponse générale à vous donner : la qualification dépend des faits, et elle relève de l’administration fiscale, pas de la banque. Mon rôle ici est de vous dire ce que la banque vous demandera, pas de qualifier votre situation.
Que doit-on dire à sa banque quand on part ou qu’on revient ?
La page impots.gouv.fr consacrée aux produits bancaires des non-résidents est nette : vous devez signaler votre statut à votre établissement financier, et la banque vous indique quels comptes clôturer. Ce n’est pas une formalité facultative, c’est la condition pour que vos produits restent en règle.
La banque, de son côté, a une obligation de collecte. En application de l’article 1649 AC du Code général des impôts, elle vous demande une auto-certification de votre résidence fiscale et, si vous résidez ailleurs, votre numéro d’identification fiscale étranger. Cette demande concerne les comptes ouverts à partir du 1er janvier 2016. Vous avez 30 jours à compter de la seconde demande pour répondre. Passé ce délai, la banque doit transmettre votre identité à l’administration, et vous risquez une amende de 1 500 € (article 1740 C du CGI). L’amende ne s’applique pas à un résident fiscal américain ou à un citoyen américain qui n’a pu fournir ni auto-certification ni numéro fiscal (TIN).
Quels produits d’épargne perd-on en devenant non-résident ?
C’est la conséquence que les expatriés découvrent le plus tard. Selon impots.gouv.fr, si votre domicile fiscal est hors de France, vous ne pouvez pas détenir le LDDS (le site écrit LDD), le livret jeune ni le LEP. La page invite à justifier votre situation auprès de votre banque et à lui donner des instructions pour transférer les avoirs vers d’autres produits. Le LEP exige d’ailleurs une résidence fiscale en France, comme le rappelle service-public.gouv.fr.
Le Livret A n’apparaît pas dans la liste des produits fermés aux non-résidents sur cette page, et la fiche de service-public.gouv.fr sur le Livret A précise qu’il n’y a pas de condition d’âge, de nationalité ni de résidence fiscale en France pour l’ouvrir. Chaque banque applique toutefois sa propre politique d’ouverture et de maintien d’un compte pour un client installé à l’étranger : demandez-lui avant de partir. Quant au PEA, depuis le 20 mars 2012 un transfert de domicile fiscal hors de France n’entraîne plus la clôture automatique du plan, sauf transfert vers un État ou territoire non coopératif.
| Produit | Pour un non-résident | Source |
|---|---|---|
| Compte courant | Accessible, sous réserve de la politique de la banque | impots.gouv.fr (« les autres produits restent accessibles ») |
| LDDS | Ne peut pas être détenu | impots.gouv.fr |
| Livret jeune | Ne peut pas être détenu | impots.gouv.fr |
| LEP | Ne peut pas être détenu | impots.gouv.fr ; résidence fiscale en France exigée |
| Livret A | Pas de condition de résidence fiscale ; politique de la banque à confirmer | service-public.gouv.fr (fiche Livret A) |
| PEA | Plan conservé sauf transfert vers un État non coopératif | impots.gouv.fr |
Pour la mécanique des plafonds et des taux de ces livrets, voyez le guide sur les livrets réglementés.
Une banque en ligne française accepte-t-elle un non-résident ?
C’est la question qui m’est posée le plus souvent, et la réponse honnête est : cela dépend de la banque et de votre pays. Aucune des pages officielles que j’ai relues ne dit que les banques en ligne doivent accepter un non-résident, et la fiche de service-public.gouv.fr sur l’ouverture d’un compte précise que la banque peut refuser sans motiver. La fiche de service-public.gouv.fr rappelle que l’ouverture suppose de justifier de son domicile : reste à savoir si la banque accepte un justificatif étranger, et c’est elle qui décide.
Ce que je ferais à votre place : vérifier, avant de lancer une ouverture, les trois points suivants dans les conditions générales ou la foire aux questions de la banque.
- L’établissement accepte-t-il un justificatif de domicile à l’étranger, et lequel ?
- Le pays de résidence figure-t-il dans la liste de ceux qu’il accepte (certaines banques en excluent) ?
- Peut-on garder le compte ouvert en changeant d’adresse, ou faut-il le clôturer ?
Le droit au compte, décrit dans le guide sur le droit au compte, protège les personnes résidant en France. Je n’ai pas pu confirmer qu’un non-résident hors de l’Union européenne puisse l’invoquer : n’y comptez pas sans vérification auprès de la Banque de France. Pour l’ouverture en ligne en général, le guide ouvrir un compte en ligne détaille les pièces et les contrôles.
Comment déclarer un compte ouvert à l’étranger (formulaire 3916) ?
Voici le sens inverse du problème, et c’est le plus piégeux : vous résidez en France, mais vous avez un compte hors de France. Selon service-public.gouv.fr (page vérifiée le 9 juillet 2026), les résidents fiscaux de France doivent déclarer leurs comptes bancaires étrangers, leurs comptes d’actifs numériques sur des plateformes étrangères et leurs contrats d’assurance-vie souscrits hors de France. Le formulaire est le 3916 (ou 3916 bis) : intitulé « Déclaration par un résident d’un compte à l’étranger, ou d’un contrat de capitalisation ou placement de même nature souscrit hors de France ». Il se dépose en même temps que la déclaration de revenus.
Quelques précisions qui changent tout :
- Quand déclarer. Un compte est à déclarer s’il a été ouvert, détenu, utilisé ou clos dans l’année.
- Comment reconnaître un compte étranger. Pour un compte en ligne, l’IBAN indique le pays : un IBAN qui ne commence pas par « FR » est à déclarer. C’est le critère le plus utile pour les banques en ligne et néobanques dont l’établissement est dans un autre pays.
- Une exception étroite. Un compte servant uniquement à encaisser des ventes en ligne, relié à un compte français, avec moins de 10 000 € encaissés dans l’année n’a pas à être déclaré.
- Un formulaire par compte. La déclaration se fait compte par compte, et en ligne dès lors que votre domicile dispose d’un accès internet et que vous pouvez effectuer la démarche ainsi.
Je précise que la page de service-public.gouv.fr ne traite pas des délais de prescription : je n’avance donc pas de chiffre. Pour une régularisation, adressez-vous à votre service des impôts ou à un professionnel : ce guide explique les règles, il ne remplace pas un conseil sur votre situation.
Un exemple chiffré : l’oubli qui coûte cher
Prenons un cas fictif : un salarié résident fiscal en France a ouvert, il y a trois ans, un compte dans une banque d’un autre pays de l’Union européenne, un compte courant sur lequel il a reçu quelques virements, et un second compte d’épargne chez le même établissement. Il n’a jamais coché la case dans sa déclaration de revenus. Pour une année, l’amende de base serait de 2 × 1 500 € = 3 000 €. Pour trois années non déclarées, ce serait 9 000 € avant toute majoration. Si les comptes étaient dans un État sans convention avec la France, le chiffre passerait à 2 × 10 000 € = 20 000 € par an.
Cet exemple est volontairement simple, et je ne le présente pas comme un calcul valable pour un cas réel : l’amende est due chaque année concernée, mais la façon dont l’administration traite des comptes multiples dans un même établissement ou la prescription ne figure pas dans la page que j’ai relue. Le message pratique est ailleurs : déclarer coûte quelques minutes, ne pas déclarer peut coûter des milliers d’euros.
Mon plan en six étapes avant un départ à l’étranger
Les expatriés qui ont le moins de mauvaises surprises sont ceux qui traitent la banque comme un chantier de départ, comme le déménagement. Voici l’ordre dans lequel je procéderais, en m’appuyant sur les règles ci-dessus.
- Dresser l’inventaire. Comptes courants, livrets, PEA, assurance-vie, cartes, crédits : ce que vous détenez chez chaque établissement.
- Repérer les produits fermés. LDDS, livret jeune, LEP : ils ne peuvent pas être gardés par un non-résident ; décidez où placer les sommes (voir le guide livrets réglementés).
- Prévenir la banque par écrit de votre nouvelle résidence fiscale, et fournir votre numéro d’identification fiscal étranger quand vous l’avez.
- Vérifier que vous gardez un accès. Application, authentification forte, courrier : un code de sécurité envoyé sur un numéro français que vous n’utilisez plus peut vous bloquer. Voir la sécurité en banque en ligne.
- Décider de la domiciliation. Vos revenus étrangers arriveront-ils sur un compte du pays d’accueil, sur le compte français, ou sur les deux ? (voir avoir deux banques). Un compte du pays d’accueil devra être déclaré si vous redevenez résident.
- Garder une trace écrite de tout ce que la banque vous répond : politique pour non-résidents, produits conservés, produits clôturés.
Cette liste n’est pas un conseil sur votre situation personnelle, c’est la méthode que je suivrais pour ne rien oublier. La date de départ, le pays et le statut de vos revenus peuvent changer certaines étapes.
Et si vous arrivez en France sans y avoir encore de résidence ?
Le cas inverse existe : étudiant étranger, salarié détaché, retraité qui s’installe. La logique reste la même : la banque vous demandera une pièce d’identité, un justificatif de domicile et, au titre de l’auto-certification, votre résidence fiscale. Tant que vous n’êtes pas encore domicilié fiscalement en France, vous pouvez être traité comme non-résident, avec les restrictions décrites plus haut sur les livrets. Une fois votre résidence fiscale établie en France, informez la banque pour que votre profil soit mis à jour et que vous puissiez ouvrir les produits de droit commun.
Si une banque en ligne refuse, vous avez toujours une option : un établissement physique, qui accepte plus facilement un justificatif de domicile récent, ou une banque qui indique clairement accepter les nouveaux arrivants. Le comparatif banque sans condition de revenus peut aider si votre problème est surtout l’absence d’historique de revenus en France. Je rappelle que ces comparatifs ne remplacent pas la lecture des conditions de chaque banque.
Compte en euros ou en devises : que changent les devises ?
Un non-résident qui perçoit des revenus en devises peut avoir intérêt à un compte dans la devise du pays où il vit. Une banque française propose en général des comptes en euros, et la conversion de devise est à votre charge. Je ne cite aucun tarif, les conditions varient d’une banque à l’autre. Je vous invite à regarder trois choses : le taux de change appliqué par la banque, les frais de virement international, et la possibilité de recevoir un virement en devise sans frais sur un compte en euros.
Les règles de paiement hors zone euro sont décrites dans le guide payer à l’étranger, et les alternatives de comptes en devises (par exemple chez une banque du pays d’accueil) sont à examiner avec la règle de la déclaration en tête : tout compte ouvert à l’étranger par un résident fiscal de France se déclare.
Revenir en France : comment rouvrir son compte et remettre ses produits en ordre ?
Quand vous revenez, trois chantiers se présentent. D’abord informer votre banque de votre statut de résident, pour que l’auto-certification soit à jour. Ensuite, rouvrir ce qui était fermé : un LDDS ou un LEP si vous remplissez à nouveau les conditions (pour le LEP, des conditions de revenus et de résidence fiscale en France). Enfin, si vous conservez des comptes à l’étranger, les déclarer dès la première déclaration de revenus qui suit.
Si une banque refuse de vous ouvrir un compte à votre retour, le droit au compte est une voie de recours à votre disposition en tant que résident. Pour changer de banque une fois installé, le guide sur le changement de banque décrit les services de mobilité bancaire.
Erreurs fréquentes des non-résidents et des expatriés
- Ne pas prévenir la banque du départ. Les produits fermés aux non-résidents doivent être clôturés ou transférés.
- Laisser sans réponse une demande d’auto-certification. L’amende de 1 500 € peut s’appliquer après 30 jours.
- Oublier qu’un IBAN étranger se déclare. Un compte en ligne ouvert chez un établissement basé dans un autre pays se déclare, même s’il est vide ou peu utilisé.
- Croire que la nationalité fixe le statut. C’est la résidence fiscale qui compte.
- Confondre « compte à l’étranger » et « compte en devises ». Un compte en devises ouvert chez une banque française n’est pas un compte étranger.
- Compter sur le LEP depuis l’étranger. Le LEP exige une résidence fiscale en France.
Pour savoir comment je vérifie ces règles et à quelle fréquence, voyez la page méthodologie. Les comparatifs de banques, eux, sont séparés : commencez par comment choisir sa banque en ligne.
Sources officielles
- Impots.gouv.fr : mes produits bancaires (non-résidents)
- Service-public.gouv.fr : déclaration des comptes ouverts à l’étranger (vérifiée le 9 juillet 2026)
- Impots.gouv.fr : formulaire 3916, déclaration d’un compte à l’étranger
- Impots.gouv.fr : pourquoi ma banque me demande ma résidence fiscale
- Bofip : domicile fiscal (article 4 B du CGI)
- Service-public.gouv.fr : Livret A (pas de condition de résidence fiscale)
- Service-public.gouv.fr : LEP (conditions de résidence)
- Service-public.gouv.fr : Compte bancaire individuel